Un concert après le 13 novembre

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Vendredi dernier je suis allée voir pour la deuxième fois cette année le concert des Hurlements d’Léo qui chantent Mano Solo. Deux fois ? Oui deux fois, quand on aime on ne compte pas ! Lors du 1er concert le groupe avait promis un concert plus long au Métronum de Toulouse, il n’en fallait pas plus pour me donner envie de les voir à nouveau. J’ai déjà eu l’occasion de vous parler des Hurlements d’Léo et de leur album reprises de Mano Solo.

Dans ce post que vous ne lirez surement pas, je vous parle de mon état d’esprit et de mes humeurs aux lendemains des attentats de Paris du 13 novembre. Se préparer pour aller voir un bon concert, avoir un peu d’appréhension et en parler avec gravité, c’est étrange et pourtant.

Le 26 novembre à 21 h 00, je vais coucher ma fille :
–  «Demain soir tatie et tonton viennent te garder parce que papa et maman sortent. On va voir un concert», lui dis-je.
– « Un concert de qui ? »
Ma fille baigne dans la musique et à 3 ans elle sait déjà ce qu’est un concert.
– « Les Hurlements d’Léo, c’est des amis des Ogres ».
Mathilde adore les Ogres de Barback et leurs CD Pitt Ocha pour enfants. Difficile de lui expliquer qu’il n’y aura pas les Ogres. Puis elle questionne :
– « Et tu vas revenir après avec papa ? » me demande-t-elle un poil inquiète.
– « Oui, euh oui, euh… Mais oui, euh… Oui, oui on sera là quand tu te réveilleras Mathilde !».
Ma réponse est hésitante, ma voix tremble, ça sonne faux !
A-t-elle remarqué mon manque de conviction ? Bien sur que oui les enfants sentent tout.
Malgré mon ton non rassurant, elle s’endort paisiblement et je quitte tout doucement sa chambre.

Je pars m’asseoir sur le canapé et réfléchis à ce qu’il vient de se passer.
Ma fille me demande si je reviens après le concert. Je lui réponds oui mais je n’en suis pas sure ?!

Je me dis que des mamans comme moi, des jeunes adultes comme j’étais il y a 10 ans, des amis, des petits amis, des cousins, des voisines… Ont du aussi demander à leurs proches, le 13 novembre au matin, à midi, le soir : « Tu rentres à la maison après le concert ? », « Tu passes boire un dernier coup à l’appart après ta soirée entres potes ? »…

Ressaisis toi Sève !
Ils ont débarqué dans une salle de concert, ils ont mitraillé des gens assis en terrasse depuis leur voiture, ils se sont fait exploser… Mais c’est fini, c’était hier, ils sont morts, enfin presque tous.
Mais où sont les autres ? Qui sont ces autres ? Combien sont-ils ? Pourquoi ?

Ressaisis toi Sève !
C’est pas à Toulouse, tout ça c’est à Paris !
Paris c’est loin et ça c’est bien.
Je respire un bon coup mais ça cogite dans ma petite tête.
Merah n’était pas à Paris, Merah vivait à Toulouse et j’avais même plusieurs appartements en vente dans son immeuble. A l’époque j’étais agent immobilier. J’ai du le croiser ce type, c’est sur. Je m’égare, mon cerveau part en cacahuète. Tout ce qui vient de se passer n’est pas rationnel pour moi et tant mieux ça prouve que je ne suis pas, ou pas encore, une déséquilibrée.

Allez, allez, ils ont raison il faut continuer à sortir, rire et s’amuser sinon ils auront gagné !

Je pense à autre chose, enfin j’essaye car à la télé on ne parle que de ça.
Et en plus j’en redemande ! Je suis de celles qui ne peuvent pas s’empêcher de regarder et d’écouter tout ce qui se dit sur le sujet. BFM, Itélé, talk show, chaine parlementaire, en boucle je vous dis.
J’ai toujours était fascinée (au sens captivité) par l’endoctrinement des personnes et des foules. La propagande politique des extrémistes, le prosélytisme religieux…  Il faut l’avouer, je suis passionnée par les extrêmes que je déteste et que je combats depuis mon adolescence. Les frontistes, les anti-IVG, les extrémistes religieux… comme dirait ma fille, c’est beurk .

Parfois ce fort intéressement m’inquiète, je m’interroge.
Suis-je une grosse malade ? Est-ce que ça m’attire ? Suis-je une extrémiste refoulée ?
(aaahh, j’aime quand je me fais rire).

Il est 10 h 15 ce vendredi 27 novembre, chéri-chéri attend impatiemment son accréditation pour le concert de ce soir (qu’il n’aura que dans 8 heures).
Se pose alors la question dans ma petite tête : J’y vais ou j’y vais pas ?
Question qui m’étonne il y a quinze jours encore, je ne me la serai jamais posée.
Je secoue la tête, je fronce les sourcils, je soupire, je souffle…

Depuis les attentats de janvier je me suis réabonnée à Charlie Hebdo, j’ai continué à marcher dans les rues et j’ai même acheté des trucs dans des épiceries.
En janvier dernier j’ai pleuré pendant 10 jours et j’ai surement fait exploser à moi toute seule l’industrie des kleenex.

Mais no stress, je continue ma vie comme avant car il faut bien le dire je pense avec certitude que ne suis pas la cible des terroristes.
Je ne suis pas dans la rédaction de Charlie Hebdo (dommage), je ne suis pas flic (beaucoup moins dommage) et je ne suis pas juive (même si ma mère est une caricature à elle seule de toutes les mères juives, je ne le suis pas). Le 13 novembre à 00 h 30, devant ma télé, je perds pieds. Je prends conscience que je suis leur cible.

Oui, allez, c’est bon, motivée, smile, ce soir j’y vais !
La peur n’évite pas le danger. On va pas les laisser gagner et puis surtout j’ai envie d’y aller.
Sur facebook les organisateurs du concert appellent les gens à venir prendre un bol d’air, s’amuser, écouter de la bonne musique…
Je me dis que je ne dois pas être la seule à penser que peut-être je ne reviendrai pas ce soir à la maison. Beaucoup ne vont pas sortir et c’est dommage.

Je suis en train de m’auto-rassurer et d’atteindre peu à peu une certaine quiétude.
Je suis sur facebook, c’est pas l’endroit idéal pour atteindre la zénitude.
Les drapeaux sont sortis, je vois la vie en bleu blanc rouge.
Moi qui n’aime pas beaucoup les drapeaux car ils sont souvent levés pour dominer, écraser et diviser. Aujourd’hui les drapeaux sont hissés, c’est l’unité qui domine.
Tout va bien, on y pense mais tout va bien.

Message de ma copine sur ma page facebook :
« Maintenant quand tu prévois d’aller à un concert tu fais ton testament … Si je vous lègue un truc vous le saurez d’ici au 16 décembre ». Je réponds : « Et moi ce soir ».

J’allume la télé, l’hommage aux victimes des attentats commence.
J’écoute des chanteuses que je n’écoute jamais reprendre « Quand on a que l’amour » de Brel.
Je me dis que chanter une chanson belge après des attentas franco-belges c’est un peu étrange.
L’ont-ils fait exprès ?

Qu’aurais-je choisis comme chanson ?
« Mourir pour des idées », « Quand on est con… », j’en sais rien.

Et ce beau symbole d’unité avec ces trois chanteuses : La bonne petite française (catho ce que j’ignore et ce dont je me fiche), la jolie brunette (juive ce que j’ignore et ce dont je me fiche) et la belle varoise (comme moi, clin d’œil – représente) censée représenter la communauté musulmane car d’origine algérienne (même si elle n’est peut-être pas croyante ce que j’ignore et ce dont je me fiche). Elles chantent bien et c’est émouvant, même si je ne suis pas du genre à m’émouvoir facilement, je le reconnais c’est touchant.

Monsieur le Président, si je meurs dans un attentat et que vous organisez un bel hommage.
Pouvez-vous faire chanter, comme il le peut, même si ce n’est pas parfait, même si il tousse…
Le chanteur Renaud.

Laissez-lui le choix de faire la chanson qu’il souhaite, de toutes façons je les aime toutes.
Si ça l’arrange, parce que cette chanson ne contient que 4 phrases, qu’il chante « Le tango des élus »*.
Ça vous emmerdera bien et ça me fera rire, beaucoup rire et c’est tant mieux car il faudra continuer de rire, continuer de sortir, d’aller boire des coups, d’aller dans des salles de spectacles, d’aller écouter des conférences, d’aller dans des musées…  Il faudra vivre !

Il est 20 h, mon père m’appelle. Il s’inquiète, il a peur pour nous : « Oui tu as raison, si on ne sort pas, ils gagnent et c’est pas bien… Mais laisse les autres faire en sorte de ne pas les laisser gagner. Reste chez toi, fait attention… ». Je préfère ne pas lui dire que ce soir je m’expose en allant à un concert. Et papa, faire attention je veux bien, mais à quoi ?

Il est 21 h 15, je prends ma Polo, qui pollue, à trois jours de la Cop 21 oui j’y pense aussi.
Je suis sur la route, direction la salle du Métronum.

Ce soir avec chéri-chéri on se refait un bon concert « Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo ».
On prend nos billets, on se fait, vite fait, fouiller.
On entre dans la salle sans problème. On n’a apparemment pas des têtes de terroristes.
Eux non plus, pfff, j’pousse la porte.
Où sont les sorties de secours ? Je ne connais pas cette salle.
Non mais c’est n’importe quoi, débranche ma vieille !

A l’intérieur, je pense à Mano et à son mythique concert au Bataclan de 1995.
Je pense à son père Cabu abattu en janvier dernier par deux jeunes de mon âge.
Je me tourne vers la foule (vu ma taille je suis toujours devant). Ils parlent fort, ils rigolent. Tiens une petite fille est juste derrière moi.
J’espère que tout ira bien.

Et puis je me dis que le 13 décembre vous étiez là vous aussi, debout, tout comme moi aujourd’hui à attendre que le concert démarre.
A applaudir quand les musiciens s’installent, à crier de joie quand la musique commence et à chanter faux avec le groupe.
J’y pense oui, je n’arrête pas d’y penser et je me dis aussi qu’elle est belle la France et que quoi qu’on en dise, on y est en sécurité !

Je pense à tous ces pays dans le monde où la mort au coin de la rue fait partie du quotidien.
Que disent les mamans de ces pays à leurs enfants qui les questionnent inquiets, comme ma fille, sur leur retour éventuel à la maison ?

J’y pense oui je n’arrête pas d’y penser.
Parfois je me demande si je n’ai pas rêvé tout ça.

Si vous saviez à quel point je me réjouis quand j’entends les rescapés du Bataclan dire « Je pensais que c’était des pétards !».
C’est bien la preuve qu’on est bien en France ! On galère oui mais on s’amuse, on est libre… La vie est quand même belle !

Il est 1 h 30 du matin, je viens juste de rentrer chez moi avec chéri-chéri.
Je suis un peu fatiguée, j’ai les oreilles qui sifflent et je n’ai plus de voix mais je souris. Le concert était vraiment bien et je suis vraiment contente d’y être allée.
1 h 45 du matin, je vais me coucher.
J’ai pas l’application Facebook pour vous le dire mais « j’suis en vie, j’vais bien ».
La solidarité commence par payer ses impôts en France. Mais t’as raison, Mark, c’est tellement mieux de couvrir nos têtes avec le drapeau tricolore.
Il est 1 h 50, tout va bien, il n’y a plus un bruit autour de moi, je m’endors paisiblement.
A demain

* Le tango des élus :
« Et dire que chaque fois que nous votions pour eux
Nous faisions taire en nous ce cri : « Ni dieu ni maître ! »
Dont ils rient aujourd’hui puisqu’ils se sont fait dieux
Et qu’une fois de plus nous nous sommes fait mettre !»


Voici quelques photos du concert. Vous trouverez plus d’infos en lisant mon post Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo

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Crédit photo Chéri-Chéri alias Muddy Photography.

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